Le matin du 11 septembre 2001, Michael Hingson se trouvait au 78e étage de la Tour Nord du World Trade Center. Aveugle de naissance, il ne voyait ni les flammes ni les débris s’abattre, mais il percevait chaque vibration de l’immeuble et le tumulte qui envahissait les étages. À ses côtés, sa chienne-guide Roselle venait tout juste de se réveiller d’une sieste. Calme et concentrée, elle ne montrait aucun signe d’angoisse. À cet instant, Michael comprit qu’ils avaient encore une chance de s’en sortir.
Guidés par Roselle, ils entamèrent la descente des 1 463 marches, traversant la fumée, l’odeur du kérosène, les blessés et la panique. À un moment, un collègue, submergé par le désespoir, cria :
— « On n’y arrivera jamais ! »
Michael lui répondit simplement, avec douceur :
— « Si Roselle et moi pouvons le faire, alors vous aussi. »
Roselle ne ralentit jamais. D’un pas régulier, elle menait Michael, croisant des pompiers qui montaient, nombreux à ne jamais redescendre. Ensemble, ils atteignirent le hall quelques instants avant l’effondrement de la tour. À l’extérieur, tout n’était que poussière, cendres et obscurité. Pour une fois, plus personne ne voyait. Mais pour Michael, c’était un monde familier.
Toujours guidé par Roselle, ils avancèrent à travers les gravats jusqu’à ce qu’elle s’arrête net : un escalier menait vers l’air pur, vers la vie. Ce jour-là, Roselle a sauvé son maître. Et pourtant, si peu de gens mesurent la grandeur d’un chien. 